Les troubles neurodéveloppementaux (TND)

La notion de «Troubles neurodéveloppementaux» (TND) a été introduite dans la dernière classification américaine des troubles mentaux (American Psychiatric Association, (DSM-5), (2013, 2022) ; dans celle de l’Organisation mondiale de la santé [World Health Organization, 2021] et par la Word Psychiatric Association.

Elle a remplacé celle de «
Troubles de la première, de la deuxième enfance ou de l’adolescence» qui était décrite dans le DSM-IV).

Cette notion de TND renvoie aux 6 conditions suivantes et leurs acronymes

Les prévalences1 moyennes chez l’enfant sont de l’ordre de 0,5 à1 % pour le TSA; 1,5 à 2,5 % pour les TDI; 5 à 6 % pour le TDA/H; 2,7 à 10 % pour la dyslexie, 3,6 à 6,5 % pour la dyscalculie; 1 à 7 % pour les Troubles moteurs et 6 % pour les Troubles de la communication. Cette prévalence est probablement la même dans tous les pays développés et en voie de développement.
1 Nombre de cas d’une maladie dans une population à un moment donné, englobant aussi bien les cas nouveaux que les cas anciens. Enquête ENABEE, Mars 2023, 8172 enfants de 6 à 11 ans.

Les facteurs de haut risque (facteurs déclenchants) identifiés à ce jour peuvent être classés dans 3 catégories :

  • Des déterminants génétiques tels la présence d’un frère ou sœur ou parent de 1er degré ayant un TND, et celle de syndromes génétiques pouvant affecter le neurodéveloppement.
  • Des déterminants environnementaux comme l’exposition prénatale à un toxique majeur du neurodéveloppement (alcool, certains antiépileptiques…), une chirurgie majeure (cerveau, abdomen, thorax) ou des infections congénitales ou néonatales (CMV, toxoplasmose, rubéole, méningites…), des encéphalites aiguës néonatales (incluant des convulsions) ou des cardiopathies congénitales complexes opérées.
  • Des déterminants développementaux tels une grande prématurité (moins de 32 semaines d’aménorrhée), un poids de naissance inférieur à 1500 g, une microcéphalie (PC>-2 ds, congénitale ou secondaire, des anomalies cérébrales de pronostic incertain [ventriculomégalie, agénésie du corps calleux…] ou un ictère néonatal sévère, y compris à terme [bilirubine > 400 mmol/l].

Nous savons que ces troubles se manifestent précocement, mais que leur diagnostic peut être tardif. Ce dernier est proposé généralement dans les six premières années de la scolarité, c’est-à-dire entre 3 et 8 ans [excepté pour les formes graves du trouble du développement intellectuel qui peut être fait plus précocement, et pour les formes de TSA prototypiques qui peuvent être identifiées dés 24 mois]. Les déterminants du diagnostic dépendent de l’interaction entre l’âge de l’enfant et le contexte. Certains contextes peuvent être aggravants, d’autres facilitants). Leur formulation clinique au moment du diagnostic est différente de celle des premiers signes et il existe probablement une souche développementale commune. Enfin, chacun de ces troubles est très hétérogène sur le plan de leur présentation clinique.

Les TND peuvent être associés entre eux : notion de comorbidités et/ou de chevauchement clinique. À cet égard, le cas du TSA est assez exemplaire : dans 70 % des cas on trouve en effet une «comorbidité» associée et dans 40 % deux «comorbidités». De même, 1/3 des personnes avec TSA présentent un TDAH et 15 % des sujets avec TDAH présentent également un TSA.

Associations entre les différents TND et d’autres troubles

Dans le cadre d’une démarche clinique, les tableaux présentés relèvent alors le plus souvent d’un diagnostic complexe (plusieurs troubles entremêlés dans lesquels chacun doit être identifié).

La démarche diagnostique s’effectue à partir de critères. Pour chaque trouble la nombre de critères varie de 4 à 5. Pour qu’un diagnostic puisse être posé, il conviendra que tous les critères soient positifs.

Donnons deux exemples. Le premier concerne le Trouble du développement intellectuel (handicap intellectuel, déficience intellectuelle, retard mental…). Trois critères doivent être présents.

Le second concerne le Trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H). Le premier critère (critère clinique) nécessite de repérer parmi une liste, la présence d’un certain nombre de signes, auquel il conviendra d’y adjoindre les 3 autres critères cités précédemment.

Pour conclure, la démarche qui consiste à identifier 1 TND chez une personne est une affaire de spécialistes. Elle doit impérativement mobiliser la présence de plusieurs intervenants (neuropsychologue, orthophoniste, psychomotricien…), et une personne susceptible de faire la synthèse de toutes les informations collectées. 

Différence entre les différents professionnels

Neuropsychologue : Spécialiste du lien entre le cerveau et le comportement. Il évalue les fonctions cognitives, émotionnelles et comportementales à l’aide de tests psychométriques. Son rôle est d’analyser les troubles cognitifs et de proposer des stratégies d’adaptation et d’intervention.

Psychologue : Professionnel de la santé mentale qui évalue et traite les difficultés psychologiques (anxiété, dépression, etc.) à travers des entretiens et des tests. Il travaille souvent sur les aspects émotionnels, comportementaux et relationnels.

Psychiatre : Médecin spécialisé dans la santé mentale, habilité à poser des diagnostics psychiatriques et à prescrire des médicaments. Il traite des troubles mentaux comme la dépression, l’anxiété, la schizophrénie, ou les troubles du comportement.

Pédopsychiatre : Psychiatre spécialisé dans la santé mentale des enfants et des adolescents. Il s’intéresse aux troubles du développement, du comportement, et aux troubles émotionnels chez les jeunes, et peut aussi prescrire des traitements.

Neuropédiatre : Médecin spécialisé dans les troubles neurologiques chez l’enfant. Il s’occupe des troubles du système nerveux (comme l’épilepsie, les troubles du développement neurologique ou moteur) et collabore souvent avec des neuropsychologues pour poser des diagnostics précis.

Pédiatre : Médecin spécialisé dans la santé des enfants, couvrant tous les aspects de leur développement physique. Il surveille la croissance et la santé générale de l’enfant, de la naissance à l’adolescence.

Ophtalmologiste : Médecin spécialisé dans les maladies des yeux. Il diagnostique et traite les troubles oculaires, et peut prescrire des lunettes ou des interventions chirurgicales si nécessaire.

Orthoptiste : Professionnel de la santé qui évalue et rééduque les troubles de la vision fonctionnelle (problèmes de motricité oculaire, strabisme, amblyopie, etc).

Il travaille souvent en collaboration avec les ophtalmologistes.

Généticien : Médecin spécialisé dans les anomalies génétiques. Il évalue les risques héréditaires de certaines maladies et troubles, et peut être consulté pour explorer les causes génétiques de certains troubles du développement ou neurologiques.

Chaque professionnel a une expertise spécifique qui contribue à établir un diagnostic complet et précis. En collaboration, ils permettent de comprendre tous les aspects des difficultés d’un enfant, que ce soit sur le plan cognitif, émotionnel, neurologique ou physique, assurant ainsi une prise en charge globale et personnalisée. Le diagnostic différentiel repose donc sur cette complémentarité des compétences pour éviter les erreurs de diagnostic, affiner l’évaluation et garantir une intervention adaptée aux besoins spécifiques de chaque enfant.

Glossaire

1. TND – Trouble Neurodéveloppemental
 
•Ces troubles apparaissent dans la petite enfance et concernent des difficultés dans le développement des fonctions cognitives, sociales, et scolaires, entraînant des limitations dans la vie quotidienne.
 
2. TSA – Trouble du Spectre de l’Autisme
 
•Un ensemble de troubles se caractérisant par des défis dans la communication sociale et des comportements répétitifs ou restreints, comprenant également des formes plus légères comme le syndrome d’Asperger.
 
3. TDAH – Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité
 
•Ce trouble se manifeste par des difficultés d’attention, de l’hyperactivité ou de l’impulsivité, qui affectent le comportement de l’enfant dans divers environnements.
 
4. TIC – Trouble des Tics
 
•Ces troubles impliquent des mouvements soudains, rapides et involontaires ou des sons, incluant des tics moteurs et vocaux. Le syndrome de Gilles de la Tourette en fait partie.
 
5. TDC – Trouble du Développement de la Coordination
 
•Un trouble qui concerne des difficultés motrices, telles que des problèmes de coordination des mouvements, ce qui peut rendre l’enfant maladroit ou affecter son habileté à accomplir des tâches motrices.
 
6. TSL – Trouble Spécifique du Langage
 
•Se traduit par des difficultés à maîtriser le langage oral ou écrit, sans cause apparente, affectant l’expression et parfois la compréhension du langage.
 
7. TSA-C – Trouble du Spectre de l’Autisme avec Comorbidité
 
•Désigne des cas où l’autisme est associé à d’autres troubles, comme le TDAH, les troubles anxieux, ou des difficultés d’apprentissage.
 
8. TSA-S – Trouble du Spectre de l’Autisme sans Comorbidité
 
•Se réfère à l’autisme lorsque les symptômes sont isolés, sans autres troubles associés.
 
9. TDI – Trouble du Développement Intellectuel
 
•Un terme pour désigner une limitation intellectuelle qui touche les capacités cognitives ainsi que les compétences sociales et pratiques de l’enfant.
 
10. TAL – Trouble d’Apprentissage Spécifique
 
•Un trouble qui affecte un domaine précis de l’apprentissage, comme la lecture (dyslexie), l’écriture (dysorthographie), ou le calcul (dyscalculie).
 
11. TLE – Trouble du Langage Expressif
 
•Un trouble où l’enfant éprouve des difficultés à exprimer clairement ses idées par le langage, malgré une compréhension normale du langage.
 
12. TOP – Trouble Oppositionnel avec Provocation
 
•Un trouble caractérisé par des comportements fréquents de défiance, d’opposition et d’hostilité envers les figures d’autorité, souvent chez les jeunes enfants.
 
13. TSAHP – Trouble du Spectre de l’Autisme à Haut Potentiel
 
•Un enfant peut avoir un haut potentiel intellectuel (HPI) et être sur le spectre de l’autisme, avec des caractéristiques propres à ces deux particularités.
 
14. TEA – Trouble des Émotions et de l’Attention
 
•Terme parfois utilisé pour décrire des enfants qui présentent des difficultés d’autorégulation émotionnelle et de gestion de l’attention, sans remplir strictement les critères du TDAH.
 
15. DCD – Déficience Cognitive Développementale
 
•Ce terme général désigne des déficits persistants dans le développement cognitif, touchant plusieurs aspects de la vie de l’enfant, tels que les interactions sociales et les apprentissages.
 
16. HPI – Haut Potentiel Intellectuel
 
•Un enfant avec un haut potentiel intellectuel a un quotient intellectuel très élevé, généralement supérieur à la moyenne, mais peut aussi rencontrer des difficultés spécifiques, notamment sur le plan émotionnel ou relationnel.
 
17. DYS – Troubles “Dys”
 
•Ce groupe de troubles regroupe :
•Dyslexie : troubles de la lecture,
•Dysorthographie : troubles de l’écriture,
•Dyscalculie : troubles du calcul,
•Dyspraxie : troubles de la coordination motrice,
•Dysphasie : troubles du langage.
 
Ces définitions reformulées décrivent de manière simplifiée les principaux troubles liés au développement neuropsychologique et aux apprentissages dans le cadre du DSM-5.